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Mexique-Après l'assassinat d'"El Mencho", une vague de "fake news" propagée par les cartels
information fournie par Reuters 24/02/2026 à 13:53

par Laura Gottesdiener et Stefanie Eschenbacher

Après que les forces mexicaines ont tué dimanche le chef de cartel le plus recherché du pays, de fausses informations faisant état de violences spectaculaires ont envahi les réseaux sociaux, alimentées par ce que les chercheurs qualifient de campagne de propagande coordonnée menée par le crime organisé.

Des troubles ont effectivement éclaté dans de nombreuses régions du Mexique depuis dimanche, les partisans du chef du cartel de Jalisco Nouvelle génération (CJNG) connu sous le nom d'"El Mencho" ayant érigé des barrages routiers, incendié des bus et des magasins et attaqué des stations-service en représailles à son assassinat.

Mais sur internet, la situation semblait encore pire. Parmi les "fake news" circulant en ligne figurent : l'aéroport de Guadalajara pris d'assaut par des hommes armés, un avion en feu sur la piste, de la fumée s'échappant d'une église et de plusieurs bâtiments de la ville touristique de Puerto Vallarta.

Ces images, qui ont été examinées par Reuters, étaient fausses mais ont été partagées des dizaines de milliers de fois.

Selon les experts, dans le cas du meurtre d'"El Mencho", les "fake news" se sont propagées à une vitesse surprenante, non seulement par des utilisateurs peu méfiants, mais aussi, dans certains cas, par le cartel lui-même, dans le but de faire paraître sa vague de représailles violentes plus importante et plus terrifiante qu'elle ne l'était en réalité.

"Ils essaient de montrer que le gouvernement mexicain ne contrôle pas le pays", observe Jane Esberg, professeure adjointe à l'université de Pennsylvanie, qui a étudié la manière dont les groupes criminels mexicains utilisent les réseaux sociaux.

Cette stratégie contribue à créer un récit selon lequel le cartel est présent dans tout le pays mais rend difficile l'évaluation de l'ampleur de la violence et des défis auxquels les forces de sécurité sont confrontées, ajoute-t-elle.

Interrogé par un journaliste sur les comptes de réseaux sociaux liés aux cartels qui diffusent de fausses informations, le secrétaire mexicain à la Sécurité, Omar Garcia Harfuch, a déclaré lundi que les autorités avaient déjà identifié "plusieurs comptes" et qu'elles mèneraient une enquête plus approfondie pour déterminer lesquels avaient "des liens directs avec un groupe criminel organisé".

Il a ajouté qu'il existait d'autres comptes "dédiés à la diffusion de mensonges", mais qui n'avaient aucun lien avéré avec le crime organisé.

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré que les autorités travaillaient rapidement pour réfuter les "fake news" et qu'il y avait "de très nombreuses fausses informations" qui circulaient à la suite de l'assassinat d'"El Mencho".

"NARCO-INFLUENCEURS"

Les cartels mexicains utilisent depuis longtemps les réseaux sociaux à des fins de propagande mais l'émergence de contenus générés par l'intelligence artificielle (IA) leur permet désormais de produire des propagandes plus créatives par le biais de "fake news".

Parallèlement, l'essor des "narco-influenceurs", autrement dit des personnalités des réseaux sociaux qui ont rassemblé un large public et utilisent leurs plateformes pour glorifier voire promouvoir le crime organisé, a ouvert une nouvelle voie à la propagande ces dernières années.

Ces campagnes de désinformation peuvent être particulièrement préjudiciables au Mexique, où la violence empêche les journalistes d'accéder à certaines régions du pays pour rendre compte de la situation sur le terrain et faire la part des choses entre réalité et fiction, indique Jane Esberg.

Selon cette dernière et d'autres experts, il est souvent difficile de déterminer avec certitude quels comptes ou blogs sont liés aux cartels et diffusent de fausses informations.

Pour Pablo Calderon, professeur associé en politique et relations internationales à la Northeastern University London, les cartels utilisent les réseaux sociaux pour amplifier leur image et leur pouvoir et pour façonner l'opinion publique, notamment par le biais de la désinformation.

"Dimanche a été un bon jour pour les forces de sécurité mexicaines", déclare-t-il. "Mais le crime organisé a réussi à détourner l'attention du public, en déplaçant le récit de (l'opération militaire) vers le chaos."

(Rédigé par Laura Gottesdiener à Monterrey et Stefanie Eschenbacher à Mexico ; version française Coralie Lamarque, édité par Blandine Hénault)

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